Solange te parle

De l'art de réconforter un chien triste à la nécessité de savoir dire "je t'aime", d'un drôlatique éloge du pénis à une réflexion sur la société narcissique, 25 vignettes décalées, autant de questions existentielles, par une fausse neurasthénique de 30 ans, mi-ingénue mi-démon, véritable artiste et poète du quotidien. Solange te parle, youtubeuse aux 10 millions de vues, est addictive. Parce qu'elle a des surgissements, de la douceur, de la culture, de l'humour, et une indéniable grâce.

Le Ciel t’aidera (Littérature Française)

« T?as peur, t?as peur de tout, sauf du ridicule », m?a dit mon copain qui est d?une mauvaise foi sidérante !
« Il n?y a aucun danger dans cette maison, à part toi ! », il a rajouté.
Mon copain dit que je suis une trouillarde, et ça m?énerve !
Si le courage peut se mesurer à la peur à surmonter, alors je me proclame la fille la plus courageuse du monde.
Je ne suis quand même pas la seule fille qui balise à l?idée de dormir seule ?
Je ne suis pas la seule fille à dire que se garer dans un parking non surveillé, la nuit, ça fout les jetons ?
C?est pas moi qui invente les cambriolages ? les dingues qui vous guettent au coin de la rue ? les monstres pervers pires que des loups ?
C?est pas moi qui invente les tempêtes de neige et les maladies fulgurantes ?
« Alors ? Ça peut arriver ou pas ? », j?ai demandé à mon copain, un jour.
« Le pire n?est jamais sûr, la peur n?évite pas le danger », il m?a répondu.
Ça m?a encore plus énervée.

Flippée, Sylvie Testud ? Le Ciel t?aidera est l?histoire de sa vie quand elle ne joue pas un rôle sur un plateau, c?est l?histoire d?une fille trop imaginative qui rêve de mourir centenaire et dans son lit. Alors elle se bat comme un diable : elle planque des couteaux sous ses matelas, elle se balade avec un ravissant pistolet de dame, elle s?entraîne au sabre sur ses plantes vertes. C?est vrai qu?elle est flippée, mais il y a quand même des trucs bizarres? Son copain, lui, trouve que tout est normal, à part elle.

Le Brady, cinéma des damnés

Ce livre propose la "biographie d'un lieu", Le Brady, dernier cinéma de quartier parisien. L'auteur, qui y fut projectionniste dans les années 2000, a tiré de cette expérience un texte foisonnant, drôle et informé. Il met en scène ses collègues, l'increvable propriétaire J.-P. Mocky, les fondus de films "bis" (fantastique, gore, kung-fu, western-spaghetti voire moussaka, porno), mais aussi d'autres spectateurs atypiques (sans-logis, retraités maghrébins, amateurs de brèves rencontres), et tous les riverains occasionnels (prostituées, coiffeurs afro, soiffards).

Le Brady, cinéma des damnés reconstitue la mémoire des années turbulentes d'une salle obscure inclassable, comme le documentaire subjectif qui s'en inspire. Une somme inventive et attachante qui satisfera la curiosité de ceux qui croient encore que l'aventure est au coin de la rue.