A mon frère qui n’est pas mort (Documents Français)

« A Fréjus, il y avait la plage sur laquelle, pendant longtemps tu as régné. Dans ma mémoire, cette plage des années cinquante est encore à peu près déserte. Notre peau était encore plus méditerranéenne que la mer. Elle brunissait au fil de l'été, le sable s'accrochait aux cheveux, nos sexes étaient salés et les filles s'allongeaient comme des royaumes. » Ce livre intime fait entendre deux voix : l'une est celle de François écrivant une lettre tendre ou blessée à son frère aîné Philippe, en une plongée dans la mémoire familiale, entre une mère corse et un père au service de la République. Il l'apostrophe à travers le temps, se souvient des chamailleries d'adolescent, des brûlures de l'été, des études, puis du comédien, du clown triste, du Capitaine Fracasse au théâtre, du personnage public qui s'éloigne, prend la nuit comme compagne, et se perd, à jamais, dans la drogue et l'alcool. L'autre voix, celle de François Léotard l'auteur, cherche à comprendre l'être humain, trop humain : celui qui aimait à citer « Qui va à sa perte, sa perte l'accueille » mais chantait et écrivait, jouait avec Ariane Mnouchkine, montait une pièce de Bernard-Marie Koltés avec Patrice Chéreau, ou recevait le César de la meilleure interprétation pour La balance. L'homme quitté par Nathalie Baye, le séducteur qui aimait trop facilement, devenait père à son tour, et continuait pourtant de flirter avec les moyens d'en finir. Ce livre inclassable, émouvant, n'est pas une biographie de Philippe Léotard, comédien, chanteur, mort le 25 août 2001. D'une voix l'autre, l'auteur nous fait osciller entre l'enquête et le journal intime, le souvenir et la rencontre, avec Michel Piccoli ou Patrice Chéreau, entre le portrait d'un frère qui refuse de mourir et l'autoportrait de l'auteur, qui se demande s'il a su l'aimer.

L’homme qui voulait être prince (essai français)

La biographie de Michal Waszynski pourrait se réduire à ces quelques lignes : Né en 1904, mort en 1965, il a été l'assistant de Murnau, a réalisé en 1937 le chef-d'oeuvre du cinéma yiddish Le Dibbouk, a travaillé comme cinéaste en Pologne de 1929 à 1939, puis comme directeur artistique en Italie et vice-président des productions Bronston en Espagne. C'est peu et c'est faux. La biographie de l'illusoire et somptueux Waszynski, telle que Samuel Blumenfeld nous la raconte à l'appui d'une documentation inédite, est une reconstruction totale. Comment un juif né en Volhynie, c'est-à-dire nulle part, a-t-il pu se faire passer pour un prince catholique et un aristocrate polonais ? Comment a-t-il échappé aux camps pour survivre comme caméraman dans l'armée du général Anders ? Est-ce l'amour qui commande au mariage entre cet homosexuel raffiné et une comtesse romaine octogénaire qui lui lègue son immense fortune ? A-t-il vraiment lancé Audrey Hepburn, secondé Orson Welles sur le tournage d'Othello, assisté Joseph Mankiewicz dans la production de La comtesse aux pieds nus ? Mieux ! Dans l'Espagne franquiste de l'après-guerre, ce prince d'opérette qui possède une Rolls aux poignées de porte en or massif, va créer le plus grand studio d'Europe. Détournant des sommes considérables, esclavagisant des scénaristes black-listés à Hollywood, utilisant la propagande chrétienne comme déguisement de ses folies, il produit entre autres Le Cid avec Charlton Heston, reconstruit la cité interdite pour Les 55 jours de Pékin, aligne 350 statues sur le décor de La chute de l'Empire romain… Comme disait le scénariste Philip Yordan : « Ils n'avaient pas compris que c'était un Prince de mes deux ». Le Prince imaginaire, c'est le dernier Nabab et Zélig en même temps.